L’essentiel en bref

A la base : une politique sociale du climat et de l’environnement

Contexte

Cette plateforme politique constitue la base de l’action politique des VERTS fribourgeois pour la législature 2021-2025. Elle s’inscrit dans la continuité du programme politique 2016-2021 des VERTS fribourgeois et s’appuie sur la plateforme électorale des VERTS suisses. Ce document a pour but de fournir les bases, les objectifs et les propositions d’actions politiques que les VERTS fribourgeois pourront décliner et concrétiser dans les programmes électoraux communaux et cantonaux. Cette plateforme est à considérer comme une boîte à outils politique permettant de développer des propositions et des actions à différents échelons de gouvernance. Chaque thématique est représentée par des défis pour le canton de Fribourg, par des buts à atteindre et des propositions de mesures à mettre en œuvre.

A la base : une politique sociale du climat et de l’environnement

La prise de conscience collective de la crise climatique et environnementale a transformé la politique internationale et nationale, comme en a témoigné la vague verte lors des élections fédérales 2019. Elle peut être considérée comme une césure qui entraînera un changement majeur dans le paysage politique. La nécessité de répondre au changement climatique et de considérer sérieusement la protection de l’environnement a pris une importance vitale partagée. Une nouvelle ère s’ouvre, des réponses doivent être apportées aux défis écologiques et sociaux majeurs, ceci à tous les niveaux politiques, de la communauté locale au parlement fédéral, en conciliant toujours la justice écologique et sociale.

Cette plateforme politique se fonde sur le fait qu’une politique climatique et environnementale socialement acceptable devrait constituer la base de toute décision politique. Ce changement de conscience doit désormais se produire également au sein des parlements et des gouvernements. Aucune décision, aucun projet ne doit aller à l’encontre de ces principes et les programmes législatifs doivent être axés sur ces objectifs. C’est la seule façon pour les élu·e·s de développer une perspective crédible et à long terme pour les défis de notre temps.

Notre responsabilité est de façonner le changement de manière à ce qu’il soit inclusif et ne laisse personne de côté. Les solutions écologiques doivent s’ancrer sur une large base et être socialement acceptables pour être soutenues par la société. Nous voulons annoncer une ère verte qui suscitera de profonds changements et rendra nos modes de vie plus écologiques et en harmonie avec l’environnement.

Pour le climat : transition énergétique, de la mobilité et de l’aménagement du territoire

Défis

Le dérèglement climatique est une réalité. La température moyenne mondiale augmente régulièrement. En Suisse, elle augmente deux fois plus vite qu’au niveau planétaire. L’agriculture et le tourisme ne sont pas les seuls concernés, tous les domaines risquent de subir les conséquences négatives de ce changement. Il est essentiel de réduire le plus rapidement possible les émissions de gaz à effet de serre afin d’éviter un réchauffement global incontrôlable aux conséquences imprévisibles. Chaque habitant suisse émet 14 tonnes de CO2 par an, bien au-delà de la moyenne mondiale de 6 tonnes de CO2 par an. Les limites planétaires fixent l’émission à 0.6 tonne par an et par habitant. La Suisse, qui représente l’un des pays les plus avancés sur le plan technologique, devrait jouer un rôle de pionnier en matière de réduction des gaz à effet de serre.

La production de gaz à effet de serre augmente dans le canton de Fribourg. Ceci en raison de la mobilité d’une population en croissance et largement dispersée. Plus de 30% des gaz à effet de serre et de la consommation énergétique proviennent du trafic motorisé. Les nombreux projets routiers contribuent au bétonnage de notre paysage. Notre environnement est de plus en plus bétonné : près d’un mètre carré de verdure disparaît chaque seconde, remplacé par des routes, des centres commerciaux, des places de parc et des bâtiments. Une autre source importante de gaz à effet de serre est l’utilisation excessive des systèmes de chauffage au mazout qui sont encore beaucoup trop nombreux et polluent l’environnement.

Objectifs

Le canton de Fribourg devient « climatiquement neutre » d’ici 2030 en mettant en œuvre un plan climatique ambitieux qui renonce à l’énergie nucléaire et à toutes les autres énergies fossiles, en s’appuyant sur les économies d’énergie (renforcement du programme d’assainissement des bâtiments) et le développement des énergies renouvelables. De même une transition est menée dans le domaine de la mobilité, de l’habitat et de l’aménagement du territoire pour contribuer à la réduction des émissions de CO2. Le canton présente un bilan climatique positif en 2040 en soutenant des solutions naturelles et techniques pour générer des émissions négatives de CO2. Une vision globale de la politique des transports est mise en œuvre à l’échelle du canton de Fribourg : les potentiels d’amélioration dans l’aménagement du territoire, dans la gestion du trafic ou dans l’organisation du travail, ainsi que les incitations financières et techniques sont mis au service d’une mobilité respectueuse du climat et de l’humain. L’aménagement du territoire est repensé de manière démocratique et durable, il répond aux objectifs de protection du paysage et des terres cultivables, de gestion des flux de trafic, de sobriété énergétique, de mitigation des effets du changement climatique et d’amélioration de la qualité de vie. De même, la production de déchets est réduite, la gestion et le recyclage des déchets améliorés.

Pour une économie circulaire et un système financier durable

Défi

La crise du Covid-19 lance de grands défis à notre économie et il est difficile d’envisager comment l’économie se redressera après cette crise. Les Verts souhaitent profiter de la crise pour lancer/proposer un processus de restructuration dont le canton et la population pourront bénéficier à long terme. Les faiblesses de notre système nous ont été impitoyablement signifiées : dépendance à l’égard des pays étrangers pour des produits indispensables, consommation non contrôlée et dogme de la croissance du PIB. L’analyse de cette crise doit permettre de lancer une dynamique cantonale d’innovation verte.

En plus de la pandémie actuelle, un autre défi se présente. La crise climatique aura un fort impact sur le développement économique : la baisse de la productivité, la perte de rendements agricoles, l’augmentation des événements climatiques extrêmes, la hausse des coûts de la santé et la perte de biodiversité nous coûteront cher. Les coûts d’adaptation pour atteindre les objectifs de l’accord de Paris sont exorbitants. Notre système économique et financier doit se réinventer de toute urgence et s’engager sur la voie de la durabilité.

Le canton de Fribourg est gravement touché par les risques mentionnés ci-dessus. Avec son économie basée sur l’agriculture et le tourisme et ses importants secteurs de production orientés vers l’exportation, elle risque d’être gravement touchée par le changement climatique.

Objectifs

L’économie fribourgeoise se réoriente et se concentre de manière conséquente sur des systèmes de production durables, circulaires et innovants à long terme. Cela implique tout d’abord la redéfinition de la prospérité économique, dans laquelle la production marchande et les revenus du marché ne sont plus les seuls critères de prospérité. Celle-ci est par ailleurs découplée de la seule croissance. Au lieu du produit intérieur brut, une nouvelle mesure de la prospérité et une nouvelle forme de rapport économique doivent être introduites afin de mesurer non seulement les développements économiques, mais aussi écologiques, sociaux et sociétaux.

La conversion à une économie circulaire nécessite une coordination locale des chaînes de production et des flux de matières. À cette fin, les conditions et les incitations nécessaires à la coopération entre les entreprises doivent être créées dans le domaine de l’aménagement du territoire. Le canton de Fribourg doit également œuvrer pour un système fiscal et financier durable au niveau cantonal et national.

Pour la conservation et le renforcement de la biodiversité : une politique durable en matière d’alimentation, de ressources naturelles et d’environnement

Défis

La biodiversité n’est pas seulement menacée dans des pays lointains. En Suisse aussi, de nombreuses espèces disparaissent, des habitats se raréfient ou sont détruits par des infrastructures. Les étés chauds de ces dernières années ont entraîné une réduction des réserves d’eau. La pollution de l’air et de l’eau menace la qualité de vie. Elle est à l’origine de milliers de décès prématurés et de coûts de la santé élevés. Le canton de Fribourg est un canton où la qualité de vie est élevée. Le tourisme et l’agriculture y sont aussi très présents. Ces secteurs dépendent de ses paysages, de ses biotopes et de sa biodiversité, ainsi que de la santé et de la productivité de ses sols. Ils contribueront également à la prospérité du canton tant que les bases naturelles de leurs activités seront saines et attractives.

Objectifs

L’approvisionnement de la population en eau propre et en nourriture locale, saine et écologique, en aliments sains pour les animaux, en paysages intacts et avec une bonne qualité de l’air est au cœur du développement attractif et durable du canton. Les espèces indigènes sont préservées et protégées, la qualité des habitats (par exemple les paysages de plaines inondables, les prairies riches en espèces ou les habitats forestiers) est améliorée et le paysage ne doit pas être davantage mité ou obstrué par des routes ou d’autres infrastructures. L’agriculture joue un rôle important à cet égard et doit assumer sa responsabilité et être soutenue en matière de protection de l’environnement et de la nature. Les producteurs/trices et les consommateurs/trices doivent allier leurs efforts pour promouvoir une agriculture saine pour tous : pour les sols, pour les aliments et pour les habitant·e·s, tout en assurant la viabilité économique des agriculteurs/trices et l’approvisionnement des consommateurs/trices. Des aliments sains, provenant de sols sains pour des consommateurs sains, grâce à des exploitations agricoles saines.

Pour un système de santé durable et équitable

Défis

Le contexte environnemental et sociétal, le réchauffement climatique, les différentes formes de pollution, le bruit, l’isolement social sont déterminants pour la santé de la population. Les enjeux liés à la santé de la population sont multiples et multifactoriels, ils demandent une approche systémique pour prévenir et gérer les maladies transmissibles et non-transmissibles. Parallèlement, le système de santé suisse fait face à une population vieillissante, à un manque de soignant·e·s et à un manque de financement structurel. Cette problématique est renforcée par le développement galopant de nouvelles technologies médicales onéreuses dans un marché libéralisé. Ce système est basé sur des soins individuels, aigus, hospitaliers (hospitalo-centrisme) et fragmentés. Un tel système n’est pas durable, coûte très cher et son impact sur la santé est peu efficient. En effet, il ne contribue que pour 20 % à la bonne santé de la population dont une part plus importante dépend de la prévention et de déterminants sociaux (intégration sociale, niveau socioéconomique, …). Par ailleurs ce système de santé est responsable de 6 à 8% des émissions de CO2 en Suisse, essentiellement lié à l’activité hospitalière.

Objectifs

Le système socio-sanitaire fribourgeois devient plus résilient, durable et équitable. Il a pour objectif d’assurer la bonne santé de l’entier de la population. Il faut donc le réorienter vers une santé communautaire forte incluant : la prévention, la promotion de la santé physique, psychique et sociale, l’intégration socio-sanitaire locale, la médecine de famille. Des formes innovantes et inclusives de promotion de la santé des jeunes générations et de prise en charge des personnes âgées ou en situation de handicap sont disponibles.

Pour la participation citoyenne, la cohésion et l’égalité

Défis

Le bien-être est souvent confondu dans le discours avec la croissance et la richesse, alors même que la société d’abondance, loin d’être une solution, s’avère plutôt être le problème. Pourtant, toujours plus de gens ne se réfèrent plus seulement à des valeurs matérialistes mais développent des projets collectifs pour davantage de qualité de vie et de cohésion sociale. Les formes d’habitats communautaires, l’agriculture contractuelle, les systèmes d’échange local ou les réseaux de partage montrent que la vie ne se résume pas à l’augmentation du profit ou à l’accumulation de biens. Ces initiatives permettent l’émergence de nouveaux collectifs et l’implication des citoyen·ne·s dans la gestion du vivre-ensemble. C’est la tâche de l’Etat d’encourager et de soutenir ces formes d’innovations sociales. De même, la participation des citoyen·ne·s à la gouvernance locale et cantonale doit être renforcée pour une démocratie plus vivante. La vivacité de la société civile doit se traduire dans le monde politique.

L’égalité des chances et les droits des minorités sont aussi des piliers de la démocratie moderne. En raison des inégalités de revenu, de richesse et de formation croissantes, des mesures étatiques sont nécessaires pour maintenir et promouvoir la cohésion sociale. L’égalité entre femmes, hommes et les personnes de tous les genres et orientations sexuelles dans tous les domaines de la société est essentielle. En politique et dans l’économie ce but est encore bien loin d’être atteint. Les femmes sont sous-représentées dans de nombreux métiers et elles sont discriminées en termes de salaires et de retraites. De plus l’origine constitue également souvent une source d’inégalité. Les migrant·e·s se trouvent fréquemment discriminé·e·s et n’ont guère la possibilité de participer à la prise de décision politique. Les personnes non cisgenres et/ou non hétérosexuelles font également face à différentes discriminations et déficit de représentations.

La justice sociale est également fondée sur l’accès à des soins de santé de qualité pour tou·te·s. Le système de santé représente un défi majeur pour le canton de Fribourg : il a besoin d’un modèle hospitalier efficace et transparent, qui réponde aux besoins de toute la population et garantisse une répartition équitable des services de santé.

Objectifs

La participation des citoyen·ne·s au vivre-ensemble et à la gouvernance locale est renforcée par le soutien de projets citoyens permettant la collaboration intergénérationnelle, sociale et économique. Les initiatives locales sont valorisées sur l’ensemble du territoire fribourgeois et la société civile est considérée comme un partenaire important pour le développement durable et concerté.

L’égalité entre les genres et les orientations sexuelles est une réalité dans le canton de Fribourg dans tous les domaines. Ce n’est pas simplement une question féminine, les hommes aussi veulent se libérer du corset que les rôles traditionnels leur imposent et s’engager politiquement pour l’égalité.

Pour une formation et une culture vivante et inclusive

Défis

La promotion de l’égalité des chances permet à toutes et à tous de développer des compétences de citoyen·ne·s engagé·e·s et responsables. Il est nécessaire d’investir aujourd’hui dans l’éducation et la formation pour en récolter les fruits demain. Il est nécessaire de pérenniser et de renforcer le système de formation scolaire et professionnelle de qualité dont bénéficie le canton de Fribourg. Face aux enjeux des difficultés économiques et aux impératifs de la transition écologique, la formation professionnelle tout au long de la vie et les possibilités de reconversion représentent un défi majeur. De même la recherche et l’innovation doivent permettre de répondre à la crise climatique par des solutions techniques mais aussi sociales durables et équitables. L’encouragement de la créativité et de la collaboration libre doit être un moteur pour le canton de Fribourg. Le milieu culturel est également une force que Fribourg se doit non seulement de maintenir mais aussi de vivifier dans son positionnement d’interface des langues et des cultures. La culture contribue au vivre-ensemble, à l’intégration et au développement de nouvelles formes d’expression et de questionnement social. La crise du Covid 19 a rappelé la fragilité du statut des acteurs/-trices et créateurs/-trices culturel·le·s mais aussi de certaines institutions. Il convient de développer les modalités de soutien pour renforcer la résilience du milieu culturel et permettre l’adaptation à des conditions-cadres changeantes. Les patrimoines culturels du canton de Fribourg constituent des ressources pour le développement durable régional, il est impératif de les valoriser.

Buts

Le canton de Fribourg bénéficie d’une système éducatif holistique, diversifié et intégrateur et d’une place culturelle et de recherche suisse de haut niveau. La priorité va au financement de conditions d’enseignement favorisant l’intégration sociale et culturelle sans que soit augmentée la pression sur le corps enseignant, les élèves et les parents. Le canton doit soutenir des programmes d’emploi et de formation pour tou·te·s les jeunes, ainsi que pour les personnes exclues du marché en raison de leur âge. Les enjeux climatiques et de durabilité, la recherche de solutions collaboratives sont intégrés dans les cursus scolaires et académiques. La reconversion professionnelle vers de nouvelles activités et professions de l’économie circulaire est favorisée par différentes mesures. La participation culturelle de toutes et tous est renforcée par des incitations aussi bien pour les publics que pour les artistes et créateurs/-trices. Le potentiel de la créativité artistique, des patrimoines culturels est mis en évidence et développé dans l’ensemble du canton.